24.5.2016 conséquences du vote du 9 février - Mauro Moruzzi

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Le Groupe Vert’libéral a pris bonne note de la réponse de Conseil d’Etat à la motion 14.113 “Soyons pro-actifs et non réactifs”, dont il acceptera le classement.

Il est inutile de refaire aujourd’hui les débats sur les différents rapports récents du Conseil d’Etat, notamment sur la Loi sur développement économique et sur celle sur la réinsertion professionnelle, qui ont été l’une et l’autre plébiscitées par notre Conseil : les pistes à poursuivre sont tracées, y compris celles qui doivent conduire à mieux valoriser le potentiel du marché du travail indigène, afin de limiter le recrutement à l’étranger. Honnêtement, les effets les plus immédiats que l’on pourra constater sur ce plan-là seront surtout liés au ralentissement économique, qui va diminuer l’embauche, notamment frontalière: les mesures liées à la réinsertion économique ne pourront produire un effet que sur le long terme. Elles n’en sont pas moins indispensables.

Sur le fond des choses, il apparaît clairement que la marge de manoeuvre du Canton de Neuchâtel, à lui tout seul, est très limitée pour contrer les effets négatifs prévisibles d’une mise en oeuvre unilatérale par la Suisse de ‘Initiative contre l’immigration de masse”.

En d’autres termes, il nous faut surtout espérer qu’une solution politique pourra être négociée avec l’Union européenne, mais nous ne pouvons pas nous cacher qu’elle sera très difficile à atteindre, en particulier difficile à atteindre avant le 10 février 2017, date butoir imposée par le texte de l’initiative.

Qu’il me soit permis de souligner que nous n’en sommes plus à devoir seulement anticiper d’éventuels problèmes futurs. Nous devons déjà à constater des dégâts réels, exactement ceux que notre groupe anticipait au moment où le Grand Conseil adoptait à l’unanimité une résolution adressée aux autorités fédérales: l’incertitude nous fait déjà perdre des emplois et des contrats, en particulier dans le domaine des programmes européens en recherche et innovation. Ces programmes permettent aux hautes écoles, aux centres de recherche et aux pme établies dans le Canton d’obtenir des financements européens. En deux ans, le taux de succès des projets suisses a pratiquement été divisé par deux, ce qui signifie concrètement la perte de plusieurs millions de francs et de dizaines d’emplois pour le CSEM, l’Université, la Haute Ecole ARC et l’EPFL, toutes basées dans notre canton. Pour les PME, le constat est encore plus clair, puisque pratiquement plus aucun projet n’est financé en Suisse.

Quand nous exprimions notre préoccupation à ce propos ici même, le porte-parole du groupe UDC nous taxait d’un pessimisme exagéré. Les faits nous donnent aujourd’hui raison, sans surprise. Et nous le disons sans ambage: si la Suisse introduira des contingents de manière unilatérale d’ici quelques mois, les dégâts seront encore plus importants, et le canton de Neuchâtel sera en première ligne pour en subir les conséquences.

Il ne nous reste donc qu’à espérer que nous n’en arriverons pas là et qu’un accord pourra être trouvé avec nos partenaires européens: dans le cas contraire, nos mesures cantonales à elles seules, pour louables et importantes qu’elles soient, n’attenueront pas grand chose dans les faits ces prochaines années.